Accueil » Actualités » « C’est pour ressentir ça que je viens ici! »: une immersion au cœur des Grandes Retrouvailles
«Vous êtes là l’UdeM ?!» Le rappeur FouKi enflamme la foule massée sur le parvis du Campus MIL. Pour son premier concert extérieur de l’année, l’artiste québécois livre toute une performance qui réchauffe un public pourtant balayé par un vent frisquet. Ça chante, ça danse, ça saute, comme pour fêter le printemps tardif qui pointe enfin le bout de son nez.
C’est la clôture des Grandes Retrouvailles et la jauge vient d’exploser: plusieurs milliers de personnes ont fait le déplacement pour ce Grand Concert et le 4 à 7 festif qui l’a précédé. Une fois encore, le soleil et l’affiche de cette année font l’unanimité.
«C’est pour FouKi qu’on est tous ici, raconte Jean-François, un père de famille. Il fait beau, l’événement est chouette, et puis ma femme et moi sommes diplômés de l’Université. Et dans un an, ce sera au tour de notre fille – Maellys – d’entrer en médecine!»
Dans la file pour les barbes à papa, des tuques de l’ETS suggèrent une autre préférence universitaire, mais rien qui entame l’enthousiasme de la famille qui les porte. «Mes enfants chantent “Copilote” en permanence… On ne pouvait pas manquer un concert de FouKi, lâche Mathilde. C’est la première fois qu’on vient, c’est une belle organisation!»
Dans l’attente du concert, des étudiants de l’UdeM se succèdent sur scène, à grand renfort d’électro, de chant choral, de percussions et de jazz. Les cheerleaders des Carabins en profitent même pour apprendre quelques pas de danse aux plus jeunes.
Côté restauration, les camions de cuisine de rue, présents en nombre, sont pris d’assaut. «J’apprécie vraiment qu’il y ait une offre sans gluten, nous félicite une mère de famille. Ma fille a une condition, et c’est très rare de trouver une option pour elle dans un événement de ce genre.»
Un peu plus loin, c’est le Pique-nique en bleu de nos facultés qui bat son plein. Sous un chapiteau, des dizaines de grandes tables ont été disposées, une pour chaque faculté. Seules ou en groupe, les personnes diplômées prennent place autour, les unes en se réunissant par cohorte, les autres en se mélangeant joyeusement.
«Bien sûr qu’on va voir FouKi après: la fête ne fait que commencer!», sourit Alexandra, diplômée de la Faculté des sciences infirmières (FSI) en 2019, aujourd’hui professionnelle de santé dans les forces armées canadiennes.
Autour de la table réservée à la FSI, elle et sa conjointe Élodie discutent avec Mihalis, un diplômé en 2019.
«À l’inverse des anciens de HEC comme Élodie, on a du mal à entretenir un réseau dans notre faculté, regrette Alexandra, déclenchant le hochement des autres. On travaille beaucoup, le temps est précieux, et ce n’est pas naturel pour nous. C’est pour ça que cet événement est une si bonne initiative!»
À une autre table, on se fait la même réflexion entre bibliothécaires et archivistes. Un diplômé de 1985 y va de son analyse:
«Notre formation prend seulement deux ans: on passe notre diplôme et on se disperse, ça va vite… Et puis, je crois qu’il y a moins d’attachement à l’alma mater chez les francophones que chez les anglophones. Les Grandes Retrouvailles, la campagne L’heure est brave, tout ça va donc dans le bon sens!»
La fête avait démarré sur de bonnes bases dès mercredi soir. Malgré le coup d’envoi de la deuxième ronde des Séries, ils étaient une centaine à avoir répondu présent pour le cocktail d’ouverture de ces Grandes Retrouvailles. Un cocktail au cours duquel le chancelier Frantz Saintellemy a annoncé une grande nouvelle.
« Il y a un an, nous avions lancé un défi aux donatrices et donateurs: doubler le don de 1M$ que Vickie et moi avons fait au Réseau des écoles associées», a-t-il d’abord rappelé, en référence au projet phare de la Faculté des sciences de l’enseignement.
«Eh bien, un an plus tard, je suis fier de vous le dire : défi relevé! Grâce à vous, nous avons donc amassé 2 millions de dollars pour cette cause qui, pour nous, est d’abord un investissement dans l’égalité des chances.»
Mais le chancelier ne s’est pas contenté de cet aboutissement. Rappelant à l’assistance que l’heure est plus brave que jamais, il a lancé ces Grandes Retrouvailles sur un appel à continuer:
«Le gouvernement veut des ingénieurs et des médecins pour relever les défis d’aujourd’hui, mais qui s’occupe de ceux de demain? Il faut soutenir ces gens qui, comme le chercheur Gilles Brassard qui vient de recevoir le Prix Turing, vont au-delà de ce qu’on sait. Alors, continuons!»
C’est ce même Gilles Brassard (FAS, 1975) que nous croiserons le lendemain, au hasard du Conventum, accompagné de sa femme Lise Raymond (Polytechnique, 1979). «Pour nous, c’est l’occasion de revoir des camarades et professeurs, et puis de rencontrer de nouvelles personnes, lance-t-il, visiblement ravi de participer à cette réunion d’anciens étudiants. L’an dernier, j’avais même retrouvé mon professeur de philosophie!»
Réservé aux diplômés depuis 40 ans et plus, cet événement a permis de médailler celles et ceux qui fêtent leurs 50e, 55e et même 60e anniversaires de diplomation.
Tout autour de la vingtaine de tables, certains se retrouvent, d’autres se découvrent, tout le monde se parle… Un brouhaha indescriptible envahit l’atrium du Campus MIL, compliquant la tâche des orateurs. «J’ai deux publics très difficiles dans la vie, s’est amusé le recteur Daniel Jutras au micro. Les jeunes des Carabins et vous!» Hilarité générale.
On se glisse entre les convives pour recueillir des impressions. L’ambiance est légère, bon enfant même.
«Avant, quand on se retrouvait, on se parlait de nos boulots. Maintenant, c’est de nos maladies!» plaisante ce diplômé de kinésiologie en 1979. «Moi, j’ai gradué en éducation physique en 1965, renchérit une autre, mais comme j’ai eu un cancer du sein et une chimiothérapie en 1999, mes cheveux n’ont que 27 ans eux!».
Plus sérieux, un troisième diplômé, de médecine celui-ci, nous prend à part:
«Je suis ici pour garder le lien avec l’université. Je disais justement à mon épouse avant l’événement que j’aurais aimé fêter ce Conventum sur la montagne, là où j’ai passé mon diplôme d’ophtalmologie en 1979. Et puis, j’arrive ici, dans ce Campus MIL, et je découvre ce bâtiment incroyable! C’est pour ressentir ce genre de choses que je viens: prendre des nouvelles de mon université et renforcer mon attachement.»
Un peu plus tard en soirée, ce passé glorieux de l’UdeM laissera la place à son futur proche, avec le Gala de l’engagement étudiant. Récompense après récompense, cris de joie après applaudissements, c’est la relève de notre société qui s’est peu à peu dessinée dans la salle Claude-Champagne de la Faculté de musique.
Et samedi, c’est d’avenir encore, mais de notre santé cette fois, qu’il fut question pendant le Forum d’innovation en santé. Il fallait voir les très jeunes – et les plus grands ! – ouvrir des yeux ronds en regardant dans les puissants microscopes de la Faculté de médecine.
La feuille d’arbre? «Ça ressemble à un labyrinthe!» L’artère de lapin? «Regarde papa, on dirait un mini cerveau!». Et si on essayait avec le bout de muffin du bénévole? «Oh! On se croirait dans une grotte!»
Bouche bée, on enfile ensuite les casques de réalité virtuelle qui permettent aux étudiants d’explorer les organes sous toutes les coutures.
Puis, pour les plus sportifs, on évalue sa forme en pédalant comme un fou sur le vélo stationnaire du département de kinésiologie. Avant de discuter longuement avec un kinésiologue – et violoniste talentueux – sur les avancées de sa discipline pour prévenir les blessures qui affectent les musiciens.
Le temps d’apprendre à faire un massage cardiaque dans les règles de l’art, et il est déjà l’heure de partir: le concert de FouKi est dans 3h et le Campus MIL à 40 minutes… de marche.
Après tout, pourquoi pas? Les Grandes Retrouvailles marquent aussi celles avec le soleil printanier. Et lui aussi nous avait manqué!

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