Portrait de diplômé(e)
11 mars 2026

Kathleen Wong: au carrefour de toutes les cultures

Notre communauté diplômée vivant à l’étranger est notre meilleure ambassadrice. Kathleen Wong en est la preuve vivante. Établie à Londres, cette juriste parle du Québec qui l’a vue naître, et de l’Université de Montréal qui l’a formée, comme d’un carrefour du monde. Rencontre avec une amoureuse de l’ailleurs…

Il y a des choses qu’on ne voit plus à force de vivre trop près d’elles. Au point qu’il faille parfois prendre un pas de recul pour mieux les apprécier. Ce recul et ce regard nettoyé, c’est ce qu’on ressent quand on écoute Kathleen Wong. Diplômée en droit en 1998, elle vit depuis 25 ans à Londres, où elle travaille comme avocate associée pour le cabinet McDermott Will & Schulte. À distance, le Québec dont elle nous parle, son Québec à elle, n’est pas celui qui fait les manchettes d’ici, c’est une province riche de ses différences, multilingue et qui a tout à offrir au monde. Surtout le meilleur.

«Nous sommes toujours conscients au Québec qu’il y a plus qu’une seule perspective, analyse celle qui œuvre aujourd’hui dans le droit de financement et de l’investissement étranger. Cette compréhension, cette flexibilité et cette agilité nous confèrent des atouts très utiles et appréciés quand on travaille à l’international.» Elle en sait quelque chose, elle qui a vécu à Shanghai, Singapour et Johannesbourg et négocié des transactions partout dans le monde de l’Afghanistan à la Zambie. Encore récemment, elle était physiquement en Afrique, pour négocier au plus près un financement entre plusieurs parties internationales. Pendant une semaine, elle les a retrouvées dans une salle de conférence réservée pour l’occasion, jusqu’à ressortir avec une entente. Son rôle, résume-t-elle joliment, consiste au fond à rapprocher différentes cultures, à faire le pont entre elles, pour mieux conclure des transactions. Un talent qui doit beaucoup, selon elle, à son ADN montréalais, québécois et canadien.

Partir en quête de soi et rencontrer le monde

De Kathleen Wong, on peut vraiment dire que sa vie s’est construite au carrefour des humanités. Née au Québec, amoureuse de Montréal, de sa scène culinaire comme de sa diversité, elle y a vécu près de 20 ans, le temps de faire son baccalauréat international au Collège Jean-de-Brébeuf et de passer son baccalauréat de droit à l’Université de Montréal. Pourtant, irrésistiblement, elle s’est sentie attirée par la quête de l’ailleurs, à commencer par celle de ses propres racines. «J’ai appris le chinois pour lire le menu au restaurant, et aujourd’hui je suis plus Chinoise que mes parents!» s’amuse-t-elle.

Installée depuis quatre générations à Montréal, sa famille ne l’a jamais poussée à renouer avec ses origines, elle y est venue petit à petit, comme s’il s’agissait de partir à la rencontre de quelque chose. «Pour leur génération, ce n’était pas vraiment valorisant d’être différent, estime-t-elle, alors que pour la nôtre, renouer avec nos racines, notre histoire, a quelque chose d’intrigant. Finalement, c’est cette fascination qui a fini par me pousser vers l’étranger.» Son diplôme de droit en poche, et après une première expérience dans un cabinet canadien à Montréal, Stikeman Elliott, Kathleen a donc sauté dans un avion et pris quelques années pour explorer le monde… 25 ans plus tard, elle y est toujours et ne compte pas acheter de billet de retour.

Intelligence situationnelle

Atterrie à Londres, la jeune femme a commencé par passer une maîtrise en droit des affaires internationales à la London School of Economics and Political Science. Une étape incontournable. «Quand deux parties venues de pays différents cherchent à faire affaire, elles commencent par se mettre d’accord sur un droit commun afin de conclure la transaction, décrypte-t-elle. Et dans le monde des transactions internationales, deux systèmes juridiques sont privilégiés: le droit new-yorkais, mais aussi le droit anglais.» Associée à sa maîtrise du français et du chinois, cette solide formation lui permet non seulement de transiger à l’international, mais de le faire dans plusieurs langues. Pendant 23 ans, elle verra ainsi le monde entier au service du cabinet international A&O Shearman (anciennement Allen & Overy).

Pour autant, elle juge qu’elle n’aurait jamais pu bâtir une telle carrière à l’international sans le socle intellectuel que lui a offert l’UdeM. Au petit jeu des comparaisons, Kathleen souligne combien l’approche de son alma mater est différente de ce qu’elle a vécu à la London School of Economics. «Tout est une question de posture analytique, insiste-t-elle. À l’UdeM, il y a ce rapport méthodique aux textes de lois qui nous oblige à faire des liens entre les faits et le droit, à interpréter, puis à regarder les choses sous différents angles. Ça nous force à trouver des solutions, à être créatifs à l’intérieur des paramètres juridiques.» Cette souplesse, cette intelligence situationnelle lui sert chaque fois qu’elle doit rebondir en pleine négociation, ou tisser des liens entre différents concepts et interlocuteurs.

La compréhension intime de l’autre

Mais Kathleen y voit encore davantage. Emballée, elle raconte combien, pendant son passage sur les bancs de l’UdeM, elle a été heureuse de croiser des étudiants de petites et de grandes villes québécoises, d’autres venus de toute la francophonie, d’autres encore de la communauté anglophone. «On était tous réunis et on étudiait ensemble, pour un objectif commun. Au fond, c’est un peu ce que je fais aujourd’hui comme avocate à l’international: je navigue entre différentes cultures, entre différents intérêts.»

Lancée dans ses souvenirs, elle élargit encore le champ. «Au cœur de qui je suis, il y a cette personne qui vient de Montréal, qui vient du Québec, qui vient du Canada. Cette personne qui parle français, anglais et trois dialectes de chinois. Je porte en moi cette culture du multilinguisme, ce pays où on a toujours encouragé la collaboration entre les personnes de diverses origines.» La tirade est sortie d’un souffle, avec une conviction souriante et une foi désarmante. Kathleen a beau avoir quitté sa terre natale depuis 25 ans, c’est comme si son substrat l’habitait toujours, comme si la distance lui permettait de voir clair dans ce qui cimente, selon elle, son identité: «la compréhension intime de l’autre.»

Citoyenne de l’Université de Montréal et du monde

Cette identité et l’éducation qui l’a forgée, Kathleen en a fait des alliées professionnelles comme personnelles. Toutes les occasions sont bonnes pour les utiliser, les cultiver, mais aussi pour les célébrer et les partager avec d’autres. C’est ainsi qu’elle a reconnecté avec l’UdeM ces dernières années, d’abord au travers du programme de mentorat, en prodiguant ses conseils à une jeune diplômée, puis plus récemment, en prenant part aux cocktails de retrouvailles organisés à Londres. «J’ai beaucoup voyagé ces dernières années et je voulais reconnecter avec l’université, explique-t-elle. Le moment est idéal pour reconnaître en quoi notre formation nous permet, non seulement de nous accomplir, mais de contribuer à l’avancement du Québec comme du monde!»

Ce moment, c’est l’époque protectionniste que nous vivons, cette impression tenace que les peuples regardent trop vers l’intérieur et pas assez vers l’extérieur. Tout chez Kathleen – son histoire, ses convictions, son éducation – s’oppose à cette tendance. Alors, elle appelle, elle encourage, même, toute la communauté étudiante et québécoise à emprunter le sens inverse, à prendre le même chemin qu’elle: explorer l’étranger, quel que soit le sens qu’on donne à cette exploration. «Ce n’est pas en restant chez nous, repliés, que nous ferons la promotion de notre culture, conclut-elle, pleine d’espoir. C’est au contraire en nous ouvrant vers l’ailleurs et en allant à sa rencontre.»

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