Portrait
8 octobre 2025

Pierre Gince, un communicateur généreux

Aujourd’hui à la tête de la firme d’analyse de contenu médiatique, Mesure Média, Pierre Gince navigue dans le milieu des communications depuis plus de 40 ans. Alors que son quatrième ouvrage Guy Lafleur et nous : 50 regards sur l’athlète et l’homme (Éditions de l’Homme) figure au palmarès des meilleures ventes de l’été 2023, nous sommes allés à la rencontre de cette personnalité devenue au fil des ans un incontournable dans l’univers médiatique québécois et qui a passé presque une décennie sur les bancs de la Faculté d’éducation permanente.

Certificats en journalisme (1983), en publicité (1987) et en relations publiques et (1990). À l’époque, Pierre Gince se trouve sur le marché du travail depuis déjà quelques années. Il n’avait pas fait d’études supérieures contrairement à la plupart de ses amis, car le Cégep l’ennuyait, confie-t-il. À la fin des années 70, il travaille comme journaliste au Courrier-Laval. Mais il sent qu’il aurait tout de même besoin d’un bagage académique. Quand il entend parler de la Faculté d’éducation permanente, il a immédiatement la conviction que c’est ce qu’il lui faut.

« J’allais chercher le soir un complément de ce que j’apprenais sur le terrain le jour, raconte-t-il. J’ai passé mon certificat en journalisme alors que je travaillais en journalisme, ensuite en publicité alors que je travaillais en publicité, et enfin en relations publiques alors que je travaillais déjà en relations publiques. Ça m’a pris neuf ans ! Et j’en ai encore d’excellents souvenirs. »

La passion de transmettre

Ce qui l’a le plus marqué de son passage par la FEP, c’est l’expertise et la passion des chargés de cours, confie-t-il, soulignant qu’il s’agissait de professionnels qui auraient pu faire bien d’autres choses de leurs soirées.

« Il y avait entre autres Bernard Benoist, Gilles Proulx ou encore Michel Nadeau, énumère-t-il. Tous avaient déjà des carrières importantes, mais ils avaient la passion de transmettre à des jeunes. Ça m’a stimulé par la suite. Quand on m’invite dans une université, je dis toujours oui parce que c’est une roue qui tourne. J’essaie de donner à ma façon aux jeunes d’aujourd’hui ce que d’autres, des sommités pas mal plus importantes que moi, ont donné à mon époque. Ils m’ont appris la générosité professionnelle. »

Générosité et humilité. Car une sommité, il l’est devenu lui aussi au fil des années, au point d’être régulièrement invité par les universités, mais aussi sur les ondes, pour parler de l’évolution de l’univers médiatique et du journalisme. Et du nouveau dans ce milieu, « il y en a tous les jours ! » s’exclame-t-il.

« Il n’y a qu’à voir la fermeture du journal Métro il y a quelques semaines. Ou encore la Loi C-18, qui a toute sorte d’impacts pour les entreprises médiatiques », précise-t-il, faisant allusion au blocage des nouvelles sur les plateformes de Meta. « J’observe tout cela depuis 1976, d’abord comme citoyen et journaliste, puis comme consultant en communication et depuis bientôt dix ans comme cofondateur de Mesure Média. Et je constate malheureusement qu’on perd tous les jours un peu plus de démocratie… »

Pierre Gince, auteur

Un sujet sur lequel il est intarissable. Ainsi, s’il loue d’un côté les nouvelles plateformes et les nouveaux formats tels que la baladodiffusion, qui permettent de rejoindre un public qui ne s’informerait pas de manière traditionnelle, il regrette la vitesse à laquelle l’information se diffuse aujourd’hui.

« Durant les points de presse, les journalistes tweetent souvent une phrase afin de prendre les devants à travers la couverture médiatique, donne-t-il en exemple. Ils diffusent cette phrase sortie du contexte, elle est rapidement reprise, interprétée, triturée. Elle enfle et en quelques minutes, elle n’a plus rien à avoir avec ce que la personne avait dit en entrevue. Les journalistes font toute sorte de choses sur diverses plateformes. Ils sont trop souvent dans l’instantanéité, dans la capsule. »

Pierre Gince préfère quant à lui le temps long, celui de l’analyse et de la réflexion, celui des grands formats, celui qui permet aux gens de s’exprimer et de développer leur pensée. C’est ainsi qu’il est devenu auteur. En l’espace de cinq ans, il a publié quatre ouvrages sur quatre personnalités marquantes de l’histoire récente du Québec, à savoir Robert Bourassa, René Lévesque (tous deux co-écrits avec Marie Grégoire), Félix Leclerc (avec Monique Giroux) et tout récemment Guy Lafleur (avec Steven Finn). Pour chacun d’eux, les auteurs donnent la parole à ceux et celles qui les ont côtoyés de près — amis, famille, collègues, etc. — afin qu’ils racontent le personnage à travers leurs propres yeux.

« Si je prends notre premier livre par exemple, je voulais entendre des gens nous raconter leur Robert Bourassa, indique-t-il. J’entendais toujours dire que c’était un homme hyper sympathique, plus chaleureux en tête à tête que sur des tribunes, totalement l’inverse d’un René Lévesque, tribun hors du commun, mais qui avait plus de difficultés en petits groupes. C’était des frères cosmiques qui se respectaient énormément. D’ailleurs, il y a une douzaine de témoins qui parlent dans les deux livres. »

Des scènes très émouvantes

Des témoins qui parfois ne s’étaient encore jamais exprimés, ou qui le font de manière très différente. M. Gince évoque les entrevues sur Guy Lafleur, qui ont démarré quelques mois seulement après sa mort, ce qui a donné des scènes très émouvantes avec souvent des « mottons dans la gorge » et des larmes.

« Il y a ses deux fils, et même sa mère, que nous avons rencontrée à 90 ans et qui n’avait jamais donné une véritable entrevue en profondeur, ajoute-t-il. Dans le livre sur René Lévesque, il y a sa sœur Alice. Elle avait 92 ans, et elle nous a raconté comment c’était d’être la sœur de René Lévesque quand elle était petite. Elle nous a donné accès à des photos qui n’étaient jamais sorties de l’album familial. On a de sa correspondance à la main et de la dactylo sur un papier jauni, de l’époque où il était dans l’armée américaine. »

S’il ne peut en dire plus pour l’instant, Pierre Gince confie cependant que d’autres ouvrages devraient sortir dans cette même collection. Des livres qui auront eux aussi leur propre tonalité, parce qu’ils sont très personnels et que chacun a sa propre façon de s’exprimer. Pierre Gince y comprit, et il avoue d’ailleurs que son passage par la FEP n’y est pas étranger. Il en revient encore à Gilles Proulx.

« Parce qu’il nous faisait écrire dans le style radiophonique, explique-t-il. Un style très court, percutant, punché. Ça m’a influencé. Mon écriture est sans aucun doute marquée par le travail effectué durant son cours. »

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